Maël FORLINI
Spécialités : Sciences de l’art et esthétique
Fonction : Doctorant ECLLA
Courriel : mael.forlini @ univ-st-etienne.fr
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Axe(s) du laboratoire
A2 : Espaces de savoirs critiques
A4 : Créations en tension
Thèmes de recherche
- Approches interdisciplinaires de la voix comme matériau dans les arts plastiques.
- Pratiques de l’installation et de la performance dans les arts contemporains.
- Porosité entre art et littérature : poésie sonore, littérature installée et performée.
Résumé de thèse
Voix sans corps.
Les voix acousmatiques et enregistrées dans les installations de 1990 à nos jours en France.
Thèse menée sous la direction de Fabrice Flahutez (Université Jean-Monnet).
Ma thèse porte sur les usages de la voix enregistrée et acousmatique dans les installations réalisées entre 1990 et aujourd’hui de huit artistes contemporains français (Dominique Petitgand, Cécile Le Talec, Anne Le Troter, Camille Llobet, Violaine Lochu, Raphaël Tiberghien, Julie Vacher et Camille Sart). Le terme « acousmatique » désigne un son ou une voix que l’on entend sans en voir la source et désigne ainsi, entre autres, toute voix diffusée ou amplifiée par une enceinte ou un haut-parleur. Pour cette raison, la thèse analyse ces pratiques à travers le paradigme de la ventriloquie comprise à la fois littéralement et métaphoriquement. Cela repose sur des phénomènes de dislocation spatiale et temporelle d’une part et de dissociation d’autre part.
Oscillant entre présence et absence, matériel et immatériel, incarnation et désincarnation, humain et machine, humain et animal, corps et esprit, nature et culture, la voix acousmatique et enregistrée apparaît comme un moyen de remettre en question un certain nombre de dualismes modernes. Ces brouillages rejoignent les réflexions sur la figure du cyborg de Donna Haraway et sur le « parlement des choses » de Bruno Latour. Elles permettent d’envisager les installations vocales comme des dispositifs cyborgs ou des assemblages polyphoniques dans lesquels s’opère une redistribution de l’agentivité entre humains, non-humains, objets techniques et lieux.
Les installations présentées, bien qu’ayant toutes des enjeux fort divers, invitent à une relecture du rapport entre technique et magie. En repartant du « désenchantement du monde » évoquée par Max Weber, les installations vocales sembleraient montrer que les dispositifs techniques peuvent produire des formes de réenchantement. La voix enregistrée et acousmatique, diffusée dans l’espace d’exposition, fonctionne comme une présence spectrale ou oraculaire. Parce que ces voix surgissent et peuvent surprendre fortement le spectateur, elles permettent de donner une place essentielle à l’écoute, qui implique celui-ci différemment que ne le fait le regard.
La première partie, à la fois historique et épistémologique, retrace la généalogie de la voix comme matériau artistique. Elle se concentre essentiellement sur les dispositifs d’enregistrement et de diffusion ainsi que les expérimentations menées dans la poésie sonore, le cinéma lettriste, le théâtre et les arts plastiques. Cette perspective permet de montrer comment l’installation vocale s’inscrit dans une histoire dominée par la primauté du visuel, mais où la voix, progressivement émancipée, devient un matériau plastique autonome. Les exemples choisis tentent de montrer les spécificités de la voix acousmatique et enregistrée.
Les deuxième et troisième parties proposent une analyse comparée des installations du corpus.
La deuxième partie aborde différentes formes de dislocation. Elle désigne les écarts entre visible et audible, ainsi que les ruptures spatio-temporelles produites par les voix acousmatiques : certaines installations mettent ainsi en scène des voix qui hantent les espaces, se logent dans des objets ou dont les dispositifs techniques forment des corps animés par les voix émises.
La troisième partie, qui se concentre sur le phénomène de dissociation, aborde les modalités de séparation entre voix, langage et sujet. Elles traduisent une « schize » du sujet et instaurent de nouvelles formes de polyphonie. Ces installations posent un certain nombre de questions éthiques dès lors qu’elles transforment la « voix des autres » en matériau : elles fluctuent ainsi entre porte-parole et porte-voix.
Les installations vocales contemporaines apparaitraient donc comme une manière singulière d’interroger la notion même d’individu. En faisant de la voix un véritable matériau, elles déstabilisent le logocentrisme, inventent d’autres modes d’écoute et proposent une redistribution des paroles et des agentivités. Cela permet d’esquisser une nouvelle ontologie polyphonique.
Formations reçues
- Éthique de la recherche
- Histoire des sciences et épistémologie
Projets de recherche en cours
Autres : Enjeux de la transcription graphique de données sonores et vocales chez différentes artistes (Violaine Lochu, Cécile Le Talec).
Publications
Articles
- « Condamnés à (la) mort : donner voix aux archives. » in Fabrice Flahutez, Marianne Jakobi, Louis Hincker (dir.), « L’inarchivable de la création en résistance », n°1, Cahiers de l’inarchivable, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, septembre 2024.
- « D’un corps à l’autre. Présences de la voix dans quelques installations artistiques contemporaines en France. » in Vincent Hirtzel, Victor A. Stoichita, Valentina Vapnarsky & Emmanuel de Vienne (dir), « Voix », n°84, Terrain, Université Paris Nanterre, à paraître en mars 2026.
- « Ventriloquie et invisibilité dans l’installation artistique Les Mitoyennes d’Anne Le Troter. » in Christine Dualé et Anne-Lise Marin Lamellet (dir), « L(es) invisible(s) dans les arts et le cinéma », Textes et Contextes, Université de Bourgogne, à paraître en novembre 2025.
Communications
- « Condamnés à (la) mort : donner voix aux archives. » Journées de l’inarchivable des 19 et 20 septembre 2022 à Clermont-Ferrand, laboratoires Centre d'Histoire Espaces et Cultures (CHEC, Université Clermont-Auvergne) et ECLLA (UJM) organisées par Fabrice Flahutez, Marianne Jakobi, Louis Hincker
- « Écouter les invisibles : l’installation Les Mitoyennes de la plasticienne Anne Le Troter. » Colloque international organisé les 5 et 6 avril 2024 par Christine Dualé et Anne-Lise Marin-Lamellet (UJM - ECLLA) : « De l’invisibilité à la visibilité – Opus 4 : L(es) invisible(s) dans les arts et le cinéma » (UJM)
- « De la terre, faire émaner une voix : étude de quelques œuvres de Raphaël Tiberghien. » Journée d’études organisée le 19 avril 2024 par Céline Cadaureille (UJM - ECLLA) : « Faire corps avec… la terre (les argiles) »
- « Plâtre, discours et voix dans le groupe sculpté Velato de Raphaël Tiberghien. ». Journée d’études organisée au Musée Rodin de Paris par Sébastien Clerbois (Université libre de Bruxelles) et Chloé Ariot (Conservatrice du patrimoine) : « Modernités sculpturales : le rôle des techniques et des matériaux. XIIe journée de la jeune recherche en sculpture ».
Créations
Co-organisation avec Fabrice Flahutez de la journée d’études : « Pour une histoire de la voix enregistrée. 20e et 21e siècles », Salle Marc Bloch, MSH de Lyon le 14 octobre 2025.
Activités d'Enseignement
- Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’UJM au département d’arts plastiques depuis septembre 2024 (Cours magistraux en sciences de l’art et esthétique ; TD articulation théorie et pratique).
- Jury de recrutement au concours du CAPES externe.
- Enseignant agrégé et formateur dans le secondaire depuis 2007.


Université Jean Monnet