- Appel à communication "Savoirs olfactifs : Connaître par l’odorat du XVIIIe siècle à nos jours"

APPEL A COMMUNICATION "Savoirs olfactifs : Connaître par l’odorat du XVIIIe siècle à nos jours"


Ce colloque international est organisé par la Chaire de Professeure junior « Olfactions » (Université Grenoble-Alpes / LARHRA). Il sera accueilli par la Maison française d’Oxford (CNRS). Il bénéficie du soutien du Centre Alexandre Koyré (CNRS/EHESS/MNHN, Paris), du laboratoire ECLLA (Université Jean-Monnet de Saint-Etienne), de la Chaire Santé-SHS de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’Institut universitaire de France. Ce colloque est organisé par Rémi Digonnet, Université Jean Monnet de Saint-Étienne / ECLLA, Judith Rainhorn, Paris 1 / CHS, Marie Thébaud-Sorger, CNRS / CAK, Érika Wicky, Université Grenoble-Alpes / LARHRA.

Selon Condillac, l’odorat est « de tous les sens celui qui paraît contribuer le moins aux connaissances de l’esprit humain » (1754 ; Jaquet, 2010). Cette conception reste profondément ancrée jusque dans la langue où le flair demeure une métaphore privilégiée pour désigner une connaissance approximative ou intuitive. C’est ce lieu commun qu’il s’agira de questionner lors de ce colloque interdisciplinaire en le mettant à l’épreuve des usages et des pratiques grâce à l’étude de l’objectivation des savoirs olfactifs depuis le XVIIIe siècle, qu’ils s’expriment à travers des textes (traités, ouvrages, formules, etc.), des images (illustrations, photographies, peintures, etc.) ou encore des objets (olfactomètres, etc.).

Au-delà des savoirs nécessaires à la survie (qualité de l’air et des aliments) et des stéréotypes sociaux véhiculés par l’olfaction (Hsu, 2020 ; Corbin, 1982), les savoirs olfactifs font partie intégrante de nombreuses pratiques savantes, médicales, artisanales, ou encore domestiques. Bien que le recours à l’odorat ait fait l’objet d’une remise en cause dès la fin de la période moderne (Roberts, 1995), l’objectivation des sens par l’instrumentation n’a pas complètement enrayé le recours aux expertises organoleptiques et aux appréciations olfactives (Kiechle, 2017). Par exemple, celles-ci ont continué à présider à la caractérisation des matériaux, à la classification des espèces végétales et fongiques ou encore à l’élaboration d’un diagnostic médical. Dans le domaine des artisanats, l’olfaction constitue le plus souvent un savoir tacite, mais les documents tels que les traités techniques rappellent que l’odeur a aussi bien souvent été convoquée pour signaler une matière frelatée ou l’état d’avancée d’un processus de transformation chimique. À la même époque, l’émergence de matières premières de synthèse, favorisant la création en parfumerie (Briot, 2015) a ouvert la voie à la formulation d’un jugement esthétique fondé sur l’odorat (Jaquet, 2015).

Depuis le XXe siècle, parfumeurs et œnologues renforcent l’idée d’une expertise olfactive tandis que celle-ci fait l’objet d’une institutionnalisation. En effet, des écoles apparues au milieu du XXe siècle ont permis la mise en œuvre d’une pédagogie sensorielle comme la méthode Jean Carles dont l’approche des matières premières par comparaison reste un aspect important des formations en parfumerie. En marge de cette expertise, d’autres métiers n’ont cessé de solliciter l’odorat comme les professions médicales ou le métier de pompier (Candau, 2010). Aujourd’hui, des associations forment les citoyens à reconnaître les polluants pour les signaler et mieux s’en prémunir. S’inscrivant dans une perspective hédonique, de nombreuses formations sont aussi offertes aux amateurs souhaitant développer leur odorat pour mieux apprécier les vins, les épices, le café ou les parfums. La plupart des musées mettent aujourd’hui des reconstitutions olfactives et des dispositifs immersifs au service d’une pédagogie sensorielle s’appuyant sur les émotions.

Il n’y a donc ni césure chronologique claire sur la durée, ni exclusion entre savoirs tacites et prescriptifs. Les usages de l’odorat bien au contraire nous invitent à reconsidérer ces relations et leurs multiples combinaisons : en recentrant l’attention sur l’observation des usages des savoirs olfactifs, dans de multiples contextes, ce colloque pluridisciplinaire permettra de reconsidérer la place de ce sens réputé bas dans l’économie générale des savoirs depuis la « révolution olfactive » identifiée au XVIIIe siècle (Corbin, 1982) aux plus récentes avancées des neurosciences.

Parmi les pistes de recherche susceptibles d’être exploitées figurent, par exemple :
- Le langage et les langues : Peut-on parler d’un langage propre aux odeurs ? L’univers olfactif fait-il suffisamment système pour définir une éventuelle communication olfactive ? Le discours olfactif fait-il preuve d’un universalisme ou au contraire de variations linguistiques reflétant des modes de perceptions variés ? En quoi la langue est-elle le témoin ou le vecteur d’un savoir olfactif ?
- La respiration et les interactions des corps avec l’air : geste primaire de l’olfaction, comment la respiration a-t-elle permis de qualifier la nature des émanations, bonnes ou mauvaises, et notamment d’observer et d’appréhender, les toxicités aériennes (pathogènes, pollutions, etc.) dans des environnements variés (air intérieur/extérieur, lieux publics, espaces de travail, etc.) ?
- La physiologie et la compréhension du système olfactif : Comment la façon dont l’olfaction et les odeurs ont été comprises a-t-elle influencé les conceptions quant à sa capacité à fournir un savoir fiable ?
- L’olfactométrie : Qu’il s’agisse de mesurer les odeurs ou la sensibilité olfactive, comment ces démarches d’objectivation ont-elles transformé le rapport aux savoirs olfactifs ? Quels instruments et dispositifs techniques ont été mis en œuvre pour ces opérations ? Comment la mesure de la sensibilité olfactive a-t-elle nourri les stéréotypes raciaux (Dias, 2004) ?
- Les méthodes d’enseignement : Comment apprendre à sentir ? Quelles méthodes et instruments pédagogiques ont été développés pour former les experts de l’olfaction ?
- La question de l’expertise : Comment l’expertise olfactive est-elle évaluée et reconnue ? Certaines expertises professionnelles sont-elles liées à des savoirs olfactifs ? Qu’en est-il des expertises qui s’avèrent erronées ou dont la fiabilité est mise en cause par des controverses ?
- Les hiérarchies sensorielles : Comment les savoirs olfactifs sont-ils considérés par rapport aux autres sens ? Comment s’articulent-ils avec les autres savoirs sensoriels ? Comment les savoirs olfactifs conditionnent-ils les jugements sociaux ? Qu’en est-il lorsque la faiblesse de l’olfaction humaine incite au recours à d’autres experts olfactifs, notamment animaux ?
- Enjeux de genre : Jugés moins fiables, mais aussi intuitifs, voire émotifs, les savoirs olfactifs ont souvent été appréhendés à travers les stéréotypes de genre. Comment ce rapport au féminin s’articule-t-il avec l’évaluation des savoirs olfactifs ? Sont-ils appréhendés de manière spécifique dans la sphère domestique ?

Ce colloque vise à stimuler une réflexion collective interdisciplinaire et s’adresse à toutes les disciplines des arts et des sciences humaines et sociales comme aux spécialistes de la médecine, de la chimie, des neurosciences, de l’architecture, etc. Nous attendons les contributions de jeunes chercheurs et chercheuses comme celles des spécialistes confirmés dans leur domaine. Les propositions de communication en Français ou en Anglais, d’environ 3 000 signes, accompagnées d’une courte bio-bibliographie, sont à adresser à Rémi Digonnet (remi.digonnet @ univ-st-etienne.fr) et Érika Wicky (erika.wicky @ univ-grenoble-alpes.fr) avant le 15 avril 2026.


EN SAVOIR PLUS

Publié le 30 janvier 2026

Contacts

Rémi DIGONNET
remi.digonnet @ univ-st-etienne.fr