Séminaire doctoral – La jeune recherche en arts à l’UJM
Le 10 octobre 2025
- 10 heures à 13 heures
Salle M001 - Bâtiment M - Site Tréfilerie
Séminaire doctoral : La jeune recherche en arts à l’UJM – actualités pluridisciplinaires
Organisé par L’Institut ARTS, G+ ARTS, les laboratoires Eclla et Ihrim en partenariat avec Transform4Europe
Ouverte aux doctorant.es ainsi qu’aux étudiant.es de Master 1 et 2 recherche sur inscription, cette table ronde propose un panorama des méthodologies et des approches actuelles de la recherche en arts à l’UJM. Les réflexions issues de cette rencontre contribueront à l’élaboration d’un rapport sur la recherche artistique en Europe.
La discussion sera animée par Lucien Derainne (Projet Lisamo, laboratoire Ihrim), Olivier Glain (directeur du laboratoire Eclla) et Anne Damon-Guillot (Eclla) et Zoé Schweitzer (Ihrim), codirectrices de l'Institut ARTS.
Plusieurs doctorant.es présenteront brièvement leurs travaux de thèse en mettant l’accent sur les enjeux méthodologiques rencontrés. Ces interventions seront suivies d’un temps d’échanges avec le public, puis d’un moment convivial autour d’un buffet.
Présentation des intervenant.e.s :
- Lucien Derainne, chaire de professeur junior / IHRIM UMR 5317
Vivons-nous une révolution méthodologique ?
Recherche-création, recherche-action, savoirs situés, sciences participatives… : sommes-nous donc en train de vivre une révolution dans la méthodologie scientifique ? Les différents projets développés dans le cadre de la chaire « littérature et savoir-faire scientifiques et artistiques dans les modernités » de l’UJM essaient de répondre à cette question grâce à une mise en perspective historique des bouleversements actuels. Car si ces nouvelles méthodologies rompent avec la méthodologie standardisée qui avait été élaborée entre 1850-1950, elles renouent en revanche avec des questions qui s'étaient posées dans les périodes précédentes. Quatre brefs exemples, portant sur l’objectivité, les émotions, l’enquête et l’éthique, illustreront l'intérêt de faire dialoguer le passé et le présent pour mieux saisir les enjeux auxquels la recherche actuelle est confrontée.
- Joséphine Basso-Lacroix, design, ECLLA
Thèse : Le patrimoine matériel et culturel de la dentelle aux fuseaux : approches d'un métier d'art par la pratique du design textile
La présentation se propose d'aborder les tensions méthodologiques rencontrées dans le cadre d'une thèse en codirection entre deux disciplines. En effet, la conjonction du design et de l'histoire de l'art, oblige à développer une méthodologie de recherche sur-mesure pour répondre aux objectifs visés par la thèse tout en tenant compte des procédés de recherche propres aux disciplines convoquées. L’ambiguïté vient également du fait que ce sont des disciplines distinctes, qui présentent tout de même des similitudes, notamment dans les thèmes étudiés. Dans le cadre de cette thèse, la question de la technique fait le lien entre ces champs disciplinaires. La recherche doit rendre manifeste l’intérêt de cette codirection et motiver ainsi le recours à deux disciplines.
La thèse a pour objet d’étudier des pièces de dentelles conservées dans des collections publiques française et de les décortiquer en vue de trouver en elles une matière à création pour le design textile contemporain. Le corpus se trouve ainsi fait de pièces hétéroclites, provenant de différentes époques de fabrication et de différentes régions en France, mais aussi de différents styles, couleurs, matériaux, usages... Or, les méthodologies de recherche en histoire de l'art ne sont habituellement pas fondées sur la confrontation de pièces anachroniques, ancrées dans des contextes techniques, sociaux et culturels différents. L’étude d’un corpus disparate pourrait risquer de mener vers des anachronismes ou des raccourcis, des contresens. En revanche le design, en tant que discipline de l'action et du projet engagé vers l'avenir, est davantage familier avec ces corpus non linéaires qui permettent de créer un paysage d'étude riche, où la mise en perspective de pièces hétérogènes favorise la compréhension des différentes tensions dans la pratique de la dentelle au fil du temps, et permet d’établir un pont vers l'avenir de ce métier d'art.
- Nina Lutz, littérature française, IHRIM
Thèse : “Il y a donc des femmes de lettres?” Postures d’autrices et écriture en réseaux (1880-1914)
Cette présentation proposera une réflexion théorique et méthodologique à propos des sujets de thèse interdisciplinaires tels que le mien. À la croisée des études de genre (gender), de la sociologie, de l’histoire littéraire et de la poétique, mon travail de recherche articule des problématiques socio-historiques et des questions esthétiques. Quel rapport l’accroissement considérable du nombre de publications d’autrices à la fin du XIXe siècle français entretient-il avec l’émancipation générale des femmes durant la période ? Quel impact cette arrivée massive des femmes dans les circuits de la production littéraire a-t-elle sur la littérature française dans son ensemble et sur les tendances scripturales du temps ? Quelles influences les relations sociales entre ces autrices ont-elles pu avoir sur leurs parcours littéraires, depuis l’accès à l’édition aux choix esthétiques des unes et des autres ? Pour répondre aux questions soulevées par mon sujet de thèse, il est nécessaire de construire un cadre théorique hybride, à partir d’outils conceptuels issus de différents champs disciplinaires. Or, si des approches différentes peuvent aisément être complémentaires, elles peuvent aussi s’avérer peu compatibles, voire contradictoires.
Pour explorer cette problématique, j’aborderai en particulier la question du réseau (social, littéraire, textuel) qui est au centre de ma thèse et constitue un cas exemplaire d’outil conceptuel hybride. Dans son rapport à la production des textes, l’analyse de réseaux est d’abord un sous-champ de la sociologie de la littérature, mais elle est également une méthode d’analyse à part entière en histoire littéraire et se prête aussi très bien à l’étude interne des textes, via la recherche des intertextes par exemple. Comment penser un cadre théorique cohérent à partir de ces différentes approches de la notion de réseau ? Si les théoriciens qui se sont emparés de ce concept ont parfois voulu le restreindre à leur champ disciplinaire, ce cloisonnement ne semble pertinent que dans la mesure où il vise, in fine, au décloisonnement.
- Noémie Cadeau, littérature comparée, ECLLA
Thèse : L'internationalisme des écrivains communistes turcs : récits de solidarité avec l'Union soviétique et les mouvements afro-asiatiques
Durant cette communication, je souhaiterais me pencher sur un enjeu méthodologique qui se révèle de plus en plus saillant au cours de la rédaction de ma thèse, à savoir le difficile équilibre à trouver entre l'ancrage disciplinaire - la littérature comparée -, et le discours aréal, ici sur le champ de la littérature turque. Comment parvenir à articuler un discours sur un espace littéraire, qui puisse parler autant aux comparatistes non spécialistes de ce champ, qu'aux spécialistes des études turques ? Pour quel degré de généralité et de détail faut-il opter ? Quelle échelle de lecture adopter sur un thème comme l'internationalisme, qui se prête particulièrement bien au distant reading tel qu'il a été conceptualisé par Franco Moretti, sans pour autant négliger le close reading et plus largement la lecture poétique et stylistique des œuvres ? Ces interrogations recoupent aussi la question de l'interdisciplinarité dans la recherche, et plus largement de l'articulation entre discipline et aire d'étude, à travers le cas de la littérature turque.
- Domiziana Serrano, sciences de l'art, ECLLA
Thèse : Prolégomènes à une histoire de la sculpture dans le surréalisme 1924-1969.Qu’est-ce que le genre et le lieu d’émergence font à la sculpture ?
Cette contribution propose une réflexion sur les enjeux méthodologiques liés à l'étude des artistes femmes, en particulier à travers les archives et les sources primaires qui les concernent. Comment travailler sur la société de l'entre-deux-guerres, en Europe comme ailleurs, dans laquelle les femmes artistes participent activement et contribuent aux mouvements culturels, mais se trouvent néanmoins marginalisées, voire effacées, des récits dominants ?
Ces créatrices, bien qu'intégrées à des avant-gardes artistiques, deviennent souvent de véritables « fantômes », ne laissant que peu ou pas de traces dans l'histoire officielle. Comment, dès lors, aborder ces silences et ces absences dans les sources ? L'objectif est de comprendre, à travers les méthodologies élaborées notamment par l’histoire de l'art féministe, comment contourner ces vides afin de produire un récit plus complexe de l'histoire de l'art, qui dépasse le modèle normatif du « génie » individuel. Il s'agit ainsi de mettre en lumière les contraintes liées au genre auxquelles ces artistes ont été confrontées de leur vivant, et d'analyser la manière dont ces mécanismes d'exclusion se prolongent après leur disparition, lorsque rien, ou presque, ne subsiste dans les archives pour témoigner de leur existence.
Comme le souligne Rodney G. S. Carter, l'étude de l’histoire des groupes minorisés implique toujours une confrontation avec des silences dans les archives. Cette présentation se propose ainsi d'interroger à la fois les stratégies permettant de dépasser ces manques et les raisons mêmes de l'existence de ces silences, afin de réfléchir à leur place dans les pratiques de recherche.
- Raphaël Forment, musicologie, ECLLA
Thèse : « Some thoughts have a certain sound » : esthétiques et techniques du live coding en musique
La thèse est consacrée à l'étude d'un ensemble de pratiques musicales rendues possibles par la programmation temps réel et identifiées depuis deux décennies sous le terme générique de live coding. Ce dernier est utile en ce qu'il permet d'ignorer quelque peu la complexité ou la nature même de ce qu'il cherche à désigner. Le live coding est aussi bien un mouvement culturel / musical qu'une technique de création. Le live coding désigne plusieurs approches -- souvent hétéroclites -- suivies par des artistes/chercheurs pour construire une nouvelle manière d'interagir avec leur outil de création : l'ordinateur. Il leur permet de créer de nouveaux instruments / interfaces / langages, de penser d'une manière originale l'expression et la construction du discours musical. Ce terme de live coding sert aussi depuis les années 2000 comme un étendard de reconnaissance mutuelle pour une communauté diverse de chercheurs, de développeurs, de militants et d'artistes. Il n'y a donc de live coding qu'une idée que chacun travaille selon ses termes. Il s'agit d'un art dont la définition, les enjeux et les objets varient en fonction du bagage esthétique/technique de ses acteurs ou encore de l'objectif poursuivi.
Raphaël Forment reviendra sur la construction de sa méthodologie de recherche. Il n'imaginait pas en commençant ce travail de doctorat qu'il lui faudrait multiplier les casquettes pour étudier ce sujet par le fond : celles de développeur logiciel, d'artiste improvisateur, d'archiviste, ou encore d'ethnographe. C'est en synthétisant les observations tirées d'expériences diverses qu'il a pu revenir vers un travail de nature musicologique et tenter de proposer des clés de compréhension et d'analyse pour étudier les nouveaux corpus musicaux générés par le live coding.
Rejoindre l'évènement en ligne
Anne DAMON GUILLOT
anne.damon @ univ-st-etienne.fr
Olivier GLAIN
olivier.glain @ univ-st-etienne.fr
Localisation


Université Jean Monnet