ECLLA - 2025 - mai - Séminaire – "Le travail du reste"

Séminaire – "Le travail du reste"

- de 14H30 à 16H30

Salle A119 - Bâtiment A - Site Denis Papin

Séminaire conjointement porté par ECLLA et Flora Valadié, maîtresse de conférences en littérature américaine, de l'équipe Transferts Culturels, appartenant au laboratoire Identités culturelles, textes et théâtralité (ICTT), une unité propre de recherche (UPR 4277), d’Avignon Université.

3ème séance – vendredi 22 mai 2026 de 14h30 à 16h30 heures, salle A119, site Denis Papin

- Danièle Méaux
Spécialiste de la photographie contemporaine, Danièle Méaux est professeur émérite en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Saint-Étienne. Elle a écrit Voyages de photographes (2009), Géo-photographies. Une approche renouvelée du territoire (2015), Enquêtes. Nouvelles formes de photographie documentaire (2019), Photographie contemporaine & anthropocène (2022), Quand la photographie pense la forêt (2024) et Livres de photographie. Des espaces pour le documentaire de création (2026). Elle a fondé la revue en ligne Focales dont elle est actuellement rédactrice en chef.
Titre de son intervention : Temporalités des restes

La photographe française Marie Sommer a arpenté la colline de Teufelsberg située près de Berlin. Au sein de l’ouvrage qu’elle a publié à ce sujet (chez Filigranes Éditions en 2010), des vues contemporaines du site voisinent des images d’archives qui permettent de reconstituer l’enfouissement progressif, après-guerre, des ruines de l’institut de recherche militaire édifié par Albert Speer. Dans les vues contemporaines, à l’horizon d’espaces agrestes où se délassent les citadins, se dressent les restes spectraux de la station d’espionnage américaine qui était en service au moment de la guerre froide.

L’ouvrage de Marie Sommer convoque simultanément une pluralité de temps : celui d’une éventuelle persistance des ruines théorisée par l’architecte du Troisième Reich ; celui de leur enfouissement progressif après-guerre jusqu’à leur occultation et leur boisement en 1972, celui d’une archéologie des sites permise par la fouille au sein des archives (qui fonctionne comme à rebours de l’ensevelissement des bâtiments), celui aussi de la dégradation progressive des vestiges américains de la guerre froide, celui enfin d’une possible occultation du passé par les promeneurs actuels, plus attentifs au cycle des saisons qu’à l’histoire des conflits internationaux… Au sein du livre de Marie Sommer, comme en d’autres travaux dont il sera aussi question, la ruine (enfouie, puis révélée, promise à la durée ou à l’oubli…) thématise une pluralité de mobilités possibles dans le temps, dans un sens ou dans l’autre, selon des rythmes variés, éveillant ainsi à une « liquidité » du présent, comme des équilibres entre les nations.


Marie Sommer, Teufelsberg,Trézélan, Filigranes Éditions, 2010

- Anne Dalles-Maréchal
Anne Dalles Maréchal est docteure en anthropologie religieuse et histoire des religions de l’École Pratique des Hautes Études. Elle enseigne au sein du département d’anglais de l’université Jean Monnet et est membre associée des laboratoires ECLLA (UJM) et GSRL (EPHE). Son travail de recherche se concentre sur la circulation des idées et des personnes entre la région de l'Amour (Nord-Est de la Chine et Extrême-Orient de la Russie) et l’Occident depuis le 19e siècle. Elle se concentre particulièrement sur les écrits publiés en Europe et aux États-Unis et qui concernent les populations toungouses, ainsi que sur les missions chrétiennes (protestantes et catholiques). 
Titre de son intervention : Les archives photographiques de William Henry Jackson (1843-1942) en Sibérie : la preuve par l’image de la disparition inévitable des populations autochtones ?

Jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle, la région située au nord-est de la Chine, également connue sous le nom de Mandchourie, était relativement peu connue en Occident. Dans le sillage des événements politiques qui ont suivi les guerres de l'opium (1839-1842 & 1856-1860), dont l’annexion de la région par la Russie (1858 & 1860), les explorations scientifiques et militaires de la région se sont développées de manière exponentielle en même temps que les techniques de diffusion des connaissances. C'est ainsi que se développe un imaginaire de l'Extrême-Orient russo-chinois qui circule en Occident et suscite la curiosité des explorateurs. Cette présentation s’intéresse aux photographies de l'Américain W. H. Jackson qui est en Sibérie extrême-orientale entre 1894 et 1896 en tant que membre et photographe de la World Transportation Commission. L'objectif est d'étudier la manière dont W. H. Jackson décrit visuellement cette région au prisme de son propre travail dans l’Ouest Américain. L’expansionnisme territoriale se dessine en toile de fond de ces archives photographiques qui élaborent le regard occidental sur les populations autochtones de Russie et des Etats-Unis. Dans un habile montage visuel où le paysage et ses habitants se reflètent l’un l’autre, les populations autochtones semblent être les témoins d’un monde du passé, dont les restes ou les vestiges culturels sont mis en image face à l’inévitabilité du ‘progrès’ apporté par la colonisation russe d’un côté, étatsunienne de l’autre, et la construction du chemin de fer. Ce questionnement sur la preuve par l’image de la disparition imminente des populations autochtones sera prolongé en ouvrant la comparaison avec les photographies produites par le photographe-marchand-géographe français, E. Ninaud (1845-1923), qui s’installe dans les années 1870 en Sibérie.

Contacts

Sophie CHAPUIS
sophie.chapuis @ univ-st-etienne.fr